Les Macchiaioli : les impressionnistes italiens ?

Image représentant la conférence  Les Macchiaioli : les impressionnistes italiens ?

Dans les années 1860, Florence est la ville la plus ouverte intellectuellement de la péninsule italienne. A Florence on a soif de liberté et de nouveauté y compris dans l’art. Nous sommes alors dans les années du Risorgimento, c’est-à-dire la période qui conduisit à l’unification de l’Italie entre 1848 et 1870. La société italienne est alors en ébullition sur fond de construction d’un nouvel État et d’une identité italienne. C’est dans ces mêmes années, toujours à Florence, qu’émerge un groupe de jeunes peintres novateurs, les macchiaioli, c’est-à-dire, les « tachistes ». Leur QG se trouve au Caffè Michelangiolo situé à deux pas de la très respectée Académie florentine des beaux-arts, cette « pépinière de la médiocrité » comme ils la nommaient !

A la fois cercle artistique, et foyer de discussion sur l’avenir de l’Italie, le Caffè Michelangiolo est alors la citadelle imprenable de cette nouvelle génération d’artistes et d’intellectuels pour lesquels l’art ne pouvait rester à l’écart du chamboulement que connaissait alors la société italienne. Les macchiaioli - car c’est bien d’eux dont il s’agit - avaient une doctrine. Ils estimaient que les canons classiques de la peinture basés sur l’idée du beau et de la perfection formelle devaient désormais s’incliner devant le règne du Vrai ! Par exemple, le dessin, l’esquisse, la préparation minutieuse de l’œuvre, bref le « protocole » auquel était attaché la peinture académique devait être abandonné. Et c’est seulement en sortant de son atelier, en peignant en plein air au contact de la nature que le peintre accéderait à cette nouvelle vérité. Autre règle, les touches devaient être posées sur la toile comme des taches - macchie - et les contrastes entre zones claires et sombres devaient être bien marqués. En soi, cette quête d’une représentation authentique de la nature et de la vie nous rappelle le mouvement Impressionniste. Des historiens d’art ont d’ailleurs souvent insisté sur ce point pendant que d’autres plus prudents ont d’abord remarqué que ce mouvement des macchiaioli avait précédé celui de Monet et de ses amis. Et puis, il faut souligner encore que si les tachistes italiens peignirent des paysages, la vie paysanne et la vie bourgeoise comme le firent les impressionnistes, ils peignirent aussi des sujets historiques et patriotiques, ce que ne firent pas les impressionnistes. Pour ces derniers la question politique resta généralement un angle mort, et leur révolution fut avant tout esthétique. Pour les artistes italiens au contraire, la question politique fut centrale. Les macchiaioli furent donc bel et bien des artistes-combattants, des politiques à leur manière. D’ailleurs, une fois l’Unité de l’Italie réalisée, la plupart des macchiaioli ne devinrent pas pour autant des « artistes de cour », et la plupart d’entre eux finirent leur vie dans la pauvreté et dans l’oubli. Leur redécouverte se fit au milieu du XXe siècle - pas moins - et ce fut une véritable réhabilitation à l’issue de laquelle le mouvement des macchiaioli fut présenté comme un moment fondateur pour la modernité en Italie et en Europe du Sud.

Nous vous proposons avec cette conférence de prendre « le parti de la tache » en découvrant un moment exaltant de l’histoire de l’art italien de la fin du XIXe siècle celui des macchiaioli.

 

Votre conférencier :

Diplômé de l’École du Louvre et de l’université Paris-IV-Sorbonne, Fabrice Delbarre est Guide conférencier-national.


Les dates à retenir :

1848 : premières réunions de l’intelligentsia florentine au Caffè Michelangiolo,

1849 : les peintres Serafino De Tivoli et Giovanni Costa participent à la défense de Rome,

1855 : regroupement d’artistes au Caffè Michelangiolo autour notamment de Serafino De Tivoli et de Vito D’Ancona,

1860 : expédition des Milles : Garibaldi débarque en Sicile. L’année suivante, Victor-Emmanuel II est proclamé roi d’Italie,

 1862 : un article de presse défavorable qualifie, cette nouvelle génération d’artistes de macchiaioli. Le groupe d’artiste du Caffè Michelangiolo adopte alors le nom de macchiaioli

 1864 : le peintre Boldini fréquente le Caffè Michelangiolo

1866 : fermeture du Caffè Michelangiolo

1871 : Rome devient la capitale de l’Italie

 1874 : première exposition impressionniste à Paris

 1878 : Diego Martelli se lie d’amitié à Paris avec Manet, Degas, Zola et Pissarro

 

À lire ou regarder pour aller plus loin :

Collectif, Les macchiaioli (1850-1874), des impressionnistes italiens ? Catalogue de l’exposition de 2013, Musée d’Orsay, Skira-Flammarion, 2013.

 Giampaola Francesca, Giovanni Fattori, les Macchiaioli, Bibliothèque de l’image, 2011.

Luchino Visconti, Senso, 1954, Lux Film, DVD Classics Studio Canal (2009).