À suivre des yeux : le mythe de Méduse dans l'art

Image représentant la conférence  À suivre des yeux : le mythe de Méduse dans l'art

Il est des figures qui traversent le temps ; Méduse est de celles qui ont connu et connaissent encore une longévité exceptionnelle. Gorgone que l’on ne pouvait regarder dans les yeux sans être pétrifié, elle s’avère effectivement complexe à observer tant son image et ses significations ont évolué, changé, et se sont multipliées.

Pour les anciens Grecs, elle est d’abord Gorgô, entité infernale liée à l’Hadès dont elle garde une des entrées. Elle est alors parfaitement repoussante avec ses crocs de sanglier, sa bouche tordue par un rictus, des serpents hérissés lui tenant lieu de chevelure. Elle deviendra célèbre par le sort que lui réserve le héros Persée en lui coupant la tête pour la remettre à la puissante Athéna. Le mythe traverse l’Antiquité grecque et romaine, survit au Moyen-âge convertie en allégorie chrétienne, réapparait puissamment à l’âge baroque comme tête ornementale et emblématique. Méduse subsiste à l’époque néoclassique comme motif antiquisant et se distingue encore au XIXème siècle dans l’art symboliste devenue un véritable prototype de la femme fatale. Changeante et plurielle, Méduse admet encore de nombreuses variations dont les arts graphiques et le cinéma sauront s’emparer pour faire de sa figure, une des icones les plus présentes dans l’imaginaire contemporain.

 

Votre conférencière :

Nathalie Douay est historienne de l'art et conférencière nationale.


Les dates à retenir :

VIIIème siècle avant J-C. : Gorgô est mentionnée dans les épopées homériques et les grands mythes fondateurs, et sous le nom de Méduse dans la Théogonie d’Hésiode.

VIIème siècle avant J-C. : dans les représentations (céramiques, bronzes, bas-reliefs…) qui nous sont parvenues, elle a un aspect terrifiant et repoussant. Elle conserve cette image terrible pendant l’Antiquité grecque.

À l’époque romaine, sa représentation évolue ; de monstrueuse elle s’humanise progressivement pour apparaître comme une belle jeune fille même si la chevelure serpentine tend à s’imposer comme son attribut premier.

VIème siècle : fulgence le Mythographe pérennise l’image de Méduse et de Persée en en faisant un modèle chrétien associé à la lutte du bien contre le mal.

Entre le IXème et le XIIème siècles, le mythe de Méduse perdure notamment à travers des ouvrages scientifiques étudiant la constellation de Persée.

Au XIVème siècle, période marquée par le retour aux sources antiques, le personnage apparait dans Les Dames de renom (1360) de Boccace et stimulera l’imagination d’autres écrivains.

À la fin du XVIème siècle, la Méduse (disparue) de Léonard de Vinci joua un rôle considérable dans l’apparition de la tête de Méduse comme motif à part entière.

À l’époque baroque, le mythe est fréquemment illustré. Méduse devient elle-même un ornement, symbole de puissance sur les armures et signe de protection aux portails des édifices.

À la fin du XVIIIème siècle et durant le 19e siècle, Persée s’offre en modèle de nu héroïque tandis que Méduse devient aussi terrible que séduisante. À la fin du siècle, elle est devenue l’image même de la femme fatale.

1922 : Sigmund Freud publie La tête de Méduse donnant une dimension symbolique et psychanalytique au mythe.

1964 : Terence Fisher réalise The Gorgon, première apparition au cinéma de la figure de Méduse qui sera suivie de nombreuses autres, jusque dans les arts numériques. 


À lire pour aller plus loin :

Sous le regard de Méduse, de la Grèce antique aux arts numériques, catalogue d’exposition du musée des Beaux-arts de Caen, 2023.