Le Pavillon d’or à Kyoto, une beauté inouïe

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Le Pavillon d’or, -Kinkaku-ji en japonais - est l'un des monuments les plus célèbres du Japon situé au sud de Kyoto au pied du mont Kinugasa, une vaste colline couverte de pins. A son emplacement dès le XIIIe siècle se trouvait une résidence aristocratique entourée d’un jardin et d’un étang. Puis, le shogun Ashikaga Yoshimitsu (1358-1408) investit les lieux et décida en 1397 d’y bâtir le Pavillon d’or. Grand militaire et grand bâtisseur, mécène et administrateur sourcilleux Yoshimitsu est considéré comme le réunificateur du Japon à la fin du XIVe siècle. Par ailleurs, ce fin diplomate, tira de son rapprochement avec la Chine des Ming une richesse à la mesure de son ambition. Le Pavillon d’or est la parfaite illustration de cette ambition. En effet, dès sa création il fut considéré comme un instrument de propagande politique. On imagine assez bien les ambassadeurs et les dignitaires arpenter ses jardins sophistiqués, d’où ils contemplent des points de vue harmonieux. Arrivés au bord de l’étang, ils observent le reflet du pavillon d’or dans l’eau. Puis, levant les yeux, ils découvrent un bâtiment en symbiose avec la nature environnante dans laquelle ils sont immergés. Le Pavillon s’élève devant eux sur trois niveaux dont chacun répond aux canons esthétiques de l’architecture japonaise ancienne ou moderne. Les deux étages supérieurs sont recouverts de feuilles d’or. Peintures et sculptures bouddhiques agrémentent les salles. Cette présence de l’or est bien sûr au service de la magnificence du shogun mais pas uniquement. Car l’or symbolise également la lumière du Bouddha, l’or est censé purifier les pensées négatives, évoquer le paradis d’Amida, l’or avait donc au Pavillon d’or surtout une valeur spirituelle. Ainsi, à la mort de Yoshimitsu, et selon sa volonté, le Pavillon deviendra en tant que monastère un haut-lieu de la spiritualité zen. Mais au XVe siècle, le chaos est de retour à Kyoto lors de la Guerre d’Ônin (1467-1477). La ville finit presque totalement en cendres. Mais le Pavillon d’or est lui miraculeusement épargné… Par la suite il échappa à d’autres menaces mais pas à l’incendie du 2 juillet 1950 : ce jour-là il brûla totalement, comme un fagot de bois sec. C’est un jeune moine pyromane qui alluma le feu. La destruction du Pavillon d’or fut ressentie comme un véritable traumatisme au Japon. Il fut donc reconstruit en 1955 à l’identique ! L’œuvre de destruction d’un temple considéré comme la beauté absolue par un jeune moine interrogea l’écrivain Yukio Mishima (1925-1970). En 1956, il publia son roman le plus connu, « Le Pavillon d’or » ! Avec ce roman, Mishima inventa le Mythe du pavillon d’or, et interrogea la beauté, le désir, l'envie et la destruction. Aujourd’hui Storia Mundi vous propose de découvrir un des chefs-d’œuvre de l’architecture japonaise et un symbole de l’esthétique japonaise.


Votre conférencier :

Diplômé de l’École du Louvre et de l’université Paris-IV-Sorbonne, Fabrice Delbarre est Guide conférencier-national.


Les dates à retenir :

XIIIe siècle : construction de la villa du clan des Saionji.

1397 : achat par Ashikaga Yoshimitsu du domaine des Saionji

Vers 1399 : construction du Pavillon d’or.

1408 : à la mort de Yoshimitsu, le Pavillon d’or est transformé en temple zen.

1467-1477 : guerre d’Ônin, destruction d’une grande partie du monastère.

1897 : le Pavillon d’or reçoit le titre prestigieux de « Trésor national .»

1950, le 2 juillet : un jeune moine incendie volontairement le Pavillon d’or.

1955 : reconstruction à l’identique.

1956 : publication du roman « Le Pavillon d’or » de Yukio Mishima.

1994 : inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.


À lire pour aller plus loin :

Collectif, Shokokuji, pavillon d’or, pavillon d’argent. Art zen à Kyoto, 2008, Paris-Musée.

Yukio Mishima, Le Pavillon d’or, 1961, Gallimard (Folio, 1995).

Le pavillon d’or, film de de Kon Ichikawa, 1958.

Miyeko Murase, L’Art du Japon, La Pochothèque, 1996.