Henri de Toulouse-Lautrec, créateur d’icônes. À l'occasion de l’exposition au Centre Caumont

Image représentant la conférence  Henri de Toulouse-Lautrec, créateur d’icônes. À l'occasion de l’exposition au Centre Caumont

Moins de quinze ans, c’est le temps qu’il a fallu à Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), pour laisser une trace indélébile dans l’histoire de la peinture et de la lithographie.

Issu d’une famille de la noblesse du sud-ouest, la jeunesse radieuse du jeune Henri fut assombrie par des problèmes de santé qui stoppèrent nette sa croissance et décideront de son destin. Il sera peintre. Avec l’accord de sa famille Henri suit à Paris une formation académique dont il s’affranchit rapidement pour explorer les voies de la modernité, c’est-à-dire peindre son époque. Son cadre ? Le quartier de Montmartre, théâtre idéal d’un monde décalé où précarité économique et bouillonnement créatif allaient de pair. Un quartier populaire où le soir sous les lumières scintillantes des boulevards tout changeait d’aspect, Montmartre où le tout-Paris venait s’entasser dans les théâtres et les cabarets. Un monde extravagant et décomplexé, loin de l’étiquette bourgeoise, un monde dans lequel Toulouse-Lautrec se sentait à son aise. Son inspiration, il la puisa avant tout dans des lieux émoustillants de ce Paris-Bohême, le Moulin rouge, le Divan Japonais, le Mirliton ou encore le Hanneton et dans les maisons closes. De cette immersion naquit une incroyable galerie de portraits composée de tronches et d’élégantes allant de la danseuse contorsionniste au critique mondain sans oublier une foule d’anonymes.

L’époque de Toulouse-Lautrec fut aussi celle de grands bouleversements, comme l’émergence de la société de consommation et de la culture de masse avec pour corollaire le développement d’un nouveau médium : l’affiche. Rapidement, l’espace parisien fut saturé de grandes images colorées vantant là un produit manufacturé, là un spectacle de variété. Pour participer à cette fête, Toulouse-Lautrec s’initia à la technique de la lithographie sous l’autorité de Pierre Bonnard. La lithographie lui permit de retranscrire l’originalité de son style mais à grande échelle : absence de perspective traditionnelle, aplats de couleurs vives, ligne expressive, synthétisme des compositions, et une touche de japonisme. Dans ses lithographies plus encore que dans ses peintures, l’artiste réussit à capter l’agitation, l’excitation, le brouhaha de la vie nocturne parisienne. Sous son pinceau minimaliste, les chanteuses, danseuses, demi-mondaines, cocottes, critiques ou journalistes de la bohème devinrent des icônes éternelles reconnaissables à leurs attributs : le chignon relevé de la Goulue, les gants noirs d’Yvette Guilbert, la collerette jaune de Cha-u-Kao, ou encore l’écharpe rouge du roi de la gaudriole, Aristide Bruant. Mais à cette fascination pour le cabaret s’ajoutait celle du théâtre de boulevard. Certes la gestualité, le jeu des acteurs le fascinaient encore et toujours, mais sous ses yeux un autre spectacle tout aussi fascinant se déroulait en dehors de la scène, le théâtre des mondanités bourgeoises. Et toujours ce style clair et synthétique cultivant davantage la déformation - voire la caricature - que l’idéalisation.

Chroniqueur de son temps, Henri de Toulouse-Lautrec expose à notre regard une étonnante ménagerie humaine ! Comme chez Baudelaire, Zola ou Maupassant, cette exposition résulte d’une observation subtile, humoristique mais aussi acide, des mœurs de son temps, le tout sans jugement moral. C’est pour cette raison d’ailleurs que Toulouse-Lautrec sera méprisé ou adulé. Mais aujourd’hui tout le monde est d’accord, cette œuvre est fascinante. En inventant un langage visuel nouveau, Henri de Toulouse-Lautrec ne fut-il pas un précurseur du graphisme, de la publicité et même de la culture visuelle contemporaine ? C’est à voir au Centre Caumont à Aix-en-Provence jusqu’au 6 octobre 2026.

 

Votre conférencier :

Diplômé de l’École du Louvre et de l’université Paris-IV-Sorbonne, Fabrice Delbarre est Guide conférencier-national.


Les dates à retenir :

1864 : naissance de Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec le 24 novembre à Albi.

1878 : un double accident cause à Henri une infirmité qui stoppe la croissance de ses jambes.

1882-1887 : Henri intègre l’atelier de Léon Bonnat, puis celui de Fernand Cormon où il se lie avec Louis Anquetin, Emile Bernard ou encore Vincent van Gogh.

1886 : il s’installe à Montmartre et fréquente le Mirliton, l’Élysée-Montmartre et fait la connaissance de Suzanne Valadon.

1891 : Henri réalise sa première affiche lithographique, « Moulin Rouge -La Goulue » et connait un grand succès.

1892, rencontre d’Yvette Guilbert, de Loïe Fuller, de Jane Avril. Il réalise aussi une affiche pour Aristide Bruant

1895 :désormais reconnu, il devient un des collaborateurs de la Revue Blanche créée par les frères Natanson.

1896 : exposition de la série lithographique « Elles » inspirée des maisons closes.

1898 : grande exposition Toulouse-Lautrec organisée à la galerie Goupil à Londres.

1901 : mort d’Henri Toulouse-Lautrec au château de Malromé entouré de ses proches.

 

À lire pour aller plus loin :

Collectif, Toulouse-Lautrec et l'art de l'affiche - Œuvre complète. Catalogue de l’exposition du Musée d’Albi, 2025.

Collectif, Toulouse-Lautrec créateur d’icônes, Hazan, 2026. Catalogue de l’exposition du Centre Caumont à Aix-en-Provence (24 avril au a octobre 2026).

Anne Roquebert, Toulouse-Lautrec, Citadelles & Mazenod, 2019.