Les sorcières dans l’art, à l'occasion de l'exposition au Musée d'Aquitaine de Bordeaux
La sorcière est une figure incontournable de l’imaginaire occidental. Elle apparaît au XIVe siècle. En effet, si la magie est omniprésente dans l’Antiquité, la sorcellerie est une invention de la fin du Moyen-Âge. Les grandes calamités des XIVe et XVe siècles (peste noire, guerre de Cent Ans, schisme de l’Église, catastrophes naturelles…) entraînent la croyance en une secte démoniaque responsable de tous les maux. Au moment des premiers procès pour sorcellerie, les enlumineurs imaginent des sorcières volant sur un balai vers le sabbat. Ils illustrent des récits oraux, résurgences de mythes païens associés à l’adoration du Diable.
À partir des années 1440, la sorcière devient un sujet artistique en plus d’être un sujet d’actualité : la grande chasse aux sorcières sévit justement entre les XVe et XVIIe siècles dans toute l’Europe. En pleine Renaissance, alors qu’est publié à Strasbourg le terrible manuel Malleus maleficarum, la figure de la sorcière apparaît dans les œuvres des artistes nordiques tels que Bruegel l’Ancien, Albrecht Dürer ou Jérôme Bosch. Au XVIIe siècle, l’art baroque flamand connaît même un pic de production d’images de sorcières.
Au XVIIIe siècle, les bûchers s’éteignent. Les Lumières légifèrent avec rationalisme et relèguent au rang des croyances populaires ce personnage mal aimé. Les images de sorcières se font rares pendant quelques décennies… avant de ressurgir avec vigueur dans l’art romantique. Le XIXe siècle, épris de littérature mais également obsédé par la figure de la femme fatale, se passionne pour cette figure noire et vénéneuse. Au XXe siècle, l’émergence des féminismes et le nombre croissant d’artistes femmes conduisent à une réappropriation de ce personnage millénaire. De nos jours, de nombreuses artistes vivantes (Annette Messager, Kiki Smith…) travaillent autour de ce mythe inépuisable.
Votre conférencière :
Alix Paré est historienne de l’art diplômée de l’Ecole du Louvre, conférencière et autrice. Spécialiste de peinture occidentale du XVIIe au XXe siècle, elle a travaillé plusieurs années au Centre des monuments nationaux puis à la Réunion des musées nationaux avant de déployer une activité indépendante d’écriture, de cours et de conférences. Passionnée par les questions d’iconographie, par l’histoire du corps et par les liens entre peinture et littérature, elle a publié plusieurs ouvrages aux éditions du Chêne dont Sorcière, Héroïne, Fantastique Gustave Doré ou Le Livre des ombres.
Les dates à retenir :
1330 : plus ancienne mention de Sabbat (Carcassone).
1420-1430 : début de la répression de la sorcellerie en Europe.
1441-1442 : première image connue de sorcière dans un manuscrit.
1459 : premiers accusés de sorcellerie à Arras.
1486 : publication du Malleus Malleficarum.
1580-1670 : grande chasse aux sorcières en Occident.
1692-1693 : procès des Sorcières de Salem.
1812 : première publication des Contes de Grimm.
1862 : Jules Michelet publie La Sorcière.
1968 : création à New York du collectif WITCH.
À lire pour aller plus loin :
Céline Du Chêne, Les Sorcières, Une histoire de femmes, France Culture, M. Lafon, 2019.
Alix Paré, Sorcière, De Circé aux sorcières de Salem, Le Chêne, 2020.
PARÉ, Alix, Le Livre des ombres, Une histoire hantée de l’art, Le Chêne, 2024
Paule Petitier, La pensée sorcière. Michelet, 1862, CNRS, 2024.
Jean-Michel Salmann, Les sorcières, fiancées de Satan, Gallimard Découvertes, 1989.