Le mariage des prêtres, une hérésie ? Aux origines du célibat ecclésiastique

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Depuis une vingtaine d’années, les scandales sexuels émaillent régulièrement le monde catholique et font surgir presque aussitôt une thématique récurrente : ne faudrait-il pas autoriser les prêtres à se marier ? De fait, le célibat des ecclésiastiques dans le christianisme romain constitue bien une exception, notamment par rapport aux ministres du culte dans les autres courants chrétiens, mais aussi par rapport aux représentants du clergé des autres monothéismes. Popes, pasteurs, imams et rabbins : tous ont droit au mariage. Et pourtant, pendant plus de 1000 ans, dans le monde catholique, les prêtres aussi ont pu se marier, avoir des relations sexuelles avec une épouse légitime et engendrer des enfants.

Cette conférence envisagera donc une réflexion historique sur la manière dont s’est construit, au cours du Moyen Âge, un interdit à la fois sexuel et matrimonial, visant les professionnels du sacré dans l’Occident chrétien. Ces derniers, longtemps proches des laïcs dans leur comportement, se sont vus imposer peu à peu des normes plus strictes qui les soustrayaient à cette existence normale, en chassant leurs femmes, en dégradant le statut de leurs enfants et en plaçant leur vie sous surveillance de plus en plus étroite. Dans cette évolution, qui s’est accélérée à certains moments, le tournant grégorien, du milieu du XIe siècle a joué un rôle majeur.

Menée du IIer au XIIe siècle, la conférence explorera donc comment l’institution catholique a construit et imposé la norme du célibat ecclésiastique, en instrumentalisant diverses accusations contre les clercs mariés et leurs épouses, y compris en les considérant comme des hérétiques. Elle montrera aussi comment cette institution a permis d’ébaucher une monarchie d’Église, centrée sur Rome, dans laquelle le souverain pontife a peu à peu disposé d’outils de coercition interne. Plus largement, la conférence retracera comment a émergé en Occident, à travers l’interdiction du mariage aux prêtres, un groupe survalorisé, exclusivement masculin et détenteur du capital culturel et économique : la caste sacerdotale. 


Votre conférencière :

Isabelle Rosé est agrégée d’histoire et est actuellement professeure d’histoire médiévale à l’Université Rennes 2. Elle a consacré sa thèse au monde monastique su Moyen Âge central, autour de la figure du deuxième abbé de Cluny, Odon (m. 942), à son itinéraire de réforme de multiples abbayes de la France à Italie, et à sa vision du monde. Elle a ensuite travaillé sur l’hérésie, puis sur la question des prêtres mariés au Moyen Âge.


À lire pour aller plus loin :

Peter Brown, Le renoncement à la chair. Virginité, célibat et continence dans le christianisme primitif, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat et trad. Christian Jacob, Gallimard, Paris, coll. « Bibliothèque des histoires », 1995.

Roger Gryson, Les origines du célibat ecclésiastique, du premier au septième siècle, J. Duculot, Gembloux, coll. « Recherches et synthèses. Section d’histoire, 2 », 1970.

Isabelle Rosé, Le mariage des prêtres, une hérésie ? Genèse du nicolaïsme (Ier-XIe siècle), Presses Universitaires de France, Paris, 2023.

Emmanuelle Santinelli-Foltz, Couples et conjugalité au haut Moyen Âge (VIe-XIIe siècles), Brepols, Turnhout, coll. « Collection Haut Moyen Âge, 43 », 2022.

JUlien Théry (dir.), L’Église et la chair (XIIe-XVe siècle), Toulouse, coll. « Cahiers de Fanjeaux, 52 », 2019.