Proies et familiers en Égypte Ancienne : la faune des bords du Nil
La nature égyptienne est riche, la faune particulièrement : hippopotames, ibis, singes, tilapias et bien d’autres animaux peuplent le Nil et ses rives, sans même parler des bordures désertiques. Pendant trois millénaires, les Égyptiens se sont intéressés à la représentation de cette nature : paysage, faune et flore intègrent tout de suite les signes d’écriture. Très tôt les parties de chasse et de pêche sont figurées sur les rochers du désert comme sur les objets mobiles ; ils capturent le vol des oiseaux, la vie des marais, la férocité des prédateurs dans des scènes très vivaces, que l’on découvre aujourd’hui particulièrement dans le contexte funéraire.
En effet, tout un bestiaire peuple les tombes thébaines de la noblesse égyptienne au Nouvel Empire : chiens et chats familiers sans surprise, mais d’autres compagnons sont plus étonnants, qui jouent autour de leurs maîtres dans les scènes de banquet. Les scènes de chasse sont des plus célèbres : les gazelles et hyènes du désert, les poissons du Nil, les oiseaux des marais, parfois même l’hippopotame. Les scènes peintes sur les parois de ces chapelles ayant un rôle dans la survie du défunt, on y trouve aussi tout ce qu’il faut pour le nourrir pour l’éternité … dont la basse-cour et les troupeaux, dans des figurations toujours pleines de vie. Enfin les dieux sont très présents aussi, parfois sous leurs formes animales.
Ces scènes animalières ne sont pas uniques dans le temps et l’espace de l’ancienne Égypte. Des comparaisons sont possibles avec d’autres peintures et sculptures provenant d’autres sites funéraires, à d’autres époques, mais aussi avec les centaines de documents-brouillons réalisés par les artistes contemporains des tombes thébaines.
Mais des gravures préhistoriques aux animaux familiers sous les chaises de la noblesse ramesside, aucun animal n’est figuré par hasard ou simple plaisir esthétique. Tous ont un rôle à jouer dans leur environnement : symbolique, magique, religieux ou évocateur du statut social de leur propriétaire.
Enfin, des scènes de chasse sur les palettes préhistoriques aux dessins sur ostraca des artistes du IIe millénaire avant notre ère, en passant par les chasses, pêches et comptage de troupeaux, les Égyptiens excellèrent chaque fois dans la représentation de la vie animale. Leur œil sensible étudie, leurs doigts habiles dessinent chaque mouvement, rendent compte des nuances des pelages et des plumes. Artistes, ils se font comportementalistes et nous offrent la meilleure étude possible sur la faune égyptienne ancienne.
Charlotte Lejeune invite à la découvrir particulièrement dans les tombes thébaines de la XVIIIème dynastie, entre 1500 et 1300 avant notre ère.
Image : The University of Chicago Press.
Votre conférencière :
Charlotte Lejeune est égyptologue, auteure de nombreuses publications scientifiques et a participé à plusieurs missions archéologiques en Égypte. Arrivée à l'art par une formation en histoire à l'université, elle est conférencière nationale diplômée d’État depuis 2008.
À lire pour aller plus loin :
Richard Hoath et Salima Ikram, 2026, The animals of ancient Egypt: then and now, John Beaufoy Publishing, Oxford.
Hélène Bouillon (ed.), 2023, Animaux fantastiques : du merveilleux dans l'art, exposition du musée du Louvre-Lens, Snoeck ; Lens ; Gand.
Pascal Vernus, Jean Yoyotte, 2005, Bestiaire des Pharaons, Perrin, Paris.
Melinda Hartwig, 2004, Tomb painting and identity in Ancient Thebes, 1419-1372 BCE, Monumenta Égyptiaca X, Brepols, Bruxelles.
Lise Manniche, 2003, « The so-called scenes of daily life in the private tombs of the eighteenth dynasty: an overview », dans Nigel Strudwick & John H. Taylor, The Theban necropolis: past, present and future, The British Museum Press, Londres, pp. 42-45.
Sigrid Hodel-Hoenes, 2000, Life and Death in Ancient Egypt, Scenes from Private Tombs in New Kingdom, Thebes, Cornell University Press, Londres, traduction en anglais de David Warburton.
Friederike Kampp, 1996, Die Thebanische Nekropole, zum Wandel des Grabgedankens, von der XVIII. bis zur XX. Dynastie, Theben XIII, von Zabern, Mayence.
Patrick Houlihan, 1996, The animal world of the Pharaos, American University in Cairo Press, Le Caire.
Roland Tefnin (éditeur), 1994, La Peinture Egyptienne Ancienne : un Monde de Signes à Préserver, catalogue de l’exposition à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.
Roland Tefnin (éditeur), 1997, La peinture Egyptienne Ancienne, un monde de signes à préserver, Actes du Colloque international de Bruxelles, avril 1994, Monumenta Aegyptiaca VII, série Imago n° 1, Fondation égyptologique Reine Elisabeth.
Arpag Mekhitarian, M. Kunnen et R. Wulleman, 1989, Passage vers l’Eternité, Editions Ozalid, Paris.
Lise Manniche, 1987, The Tombs of the Nobles at Luxor, American University in Cairo Press, Le Caire.
Harpag Mekhitarian, 1978, La peinture Égyptienne, Flammarion, Paris.
Christiane Desroches-Noblecourt (dir.), 1978, Les animaux dans l’Égypte Ancienne, catalogue d’une exposition présentée par le Louvre au Muséum de Lyon, Lescuyer, Lyon.
Abdul Qader Muhammed, 1966, The development of the funerary beliefs and practices displayed in the private tombs of the New Kingdom at Thebes ; General Organisation for Government Printing Offices, Le Caire.