La guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons (1407-1435)

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Le 23 novembre 1407, Louis Ier d’Orléans, frère du roi Charles VI, est assassiné par les hommes du duc de Bourgogne à Paris. Ce meurtre plonge la France dans une guerre civile qui couve depuis plusieurs années et qui s’étend jusqu’en 1435. Elle oppose les princes du sang de la Maison de Bourgogne et de la Maison d’Orléans. Chacun se dispute le contrôle du Conseil royal, alors que le roi Charles VI, pris de crises de folie, ne parvient plus à régner, et que gronde toujours la guerre de Cent ans.

Rapidement, deux partis se structurent : d’un côté les Armagnacs, partisans du dauphin Charles et des Orléans ; de l’autre, les Bourguignons, menés par le duc Jean sans Peur. Chaque parti a ses chefs, ses territoires, ses réseaux, son programme et ses insignes. La guerre civile dépasse le cadre des rivalités aristocratiques pour incarner les tensions sociales, politiques et dynastiques d’un royaume à bout de souffle.

Chaque parti tâche de s’enraciner dans le royaume en trouvant une justification politique et des appuis militaires. On les voit alternativement influencer la population, mobiliser l’armée, contrôler l’administration, prendre en charge le gouvernement, ou orienter la diplomatie avec les Anglais. D’autres assassinats politiques surviennent. Car le désir de vengeance fuse, nourrissant la crainte de la trahison et la suspicion. Le plus emblématique est l’assassinat en 1419 de Jean sans Peur par les hommes du dauphin Charles, pour venger Louis d’Orléans. Coup sur coup, deux des plus importants princes du sang du royaume meurent tués par leurs adversaires.

Ces meurtres illustrent la prolifération de la violence politique, qui se diffuse dans la société. Elle explose lors des massacres, comme celui des Armagnacs à Paris par les Bourguignons en 1418. « Ils continuèrent pendant longtemps encore ces abominables tueries, sans se faire horreur à eux-mêmes, bien que le sang des victimes eût rejailli sur tout leur corps et que leurs pieds baignassent dans des mares de sang jusqu’à la cheville » raconte Michel Pintoin, un moine de l’abbaye de Saint-Denis, pour narrer dans sa chronique du règne de Charles VI le terrible évènement.

Pendant ces décennies de guerre civile, le pays traverse l’une des périodes les plus sombres de la fin du Moyen Âge. L’enjeu principal est la souveraineté de la France. Il s’agit de savoir si le royaume restera uni autour de la figure royale ou s’il se morcellera sous la pression des intérêts particuliers. Mais paradoxalement, malgré les poussées de violence parfois extrêmes et les divisions, ce conflit accélère la transformation des identités et des fidélités politiques, contribuant à la naissance de la France moderne.

Finalement, la guerre entre Armagnacs et Bourguignons marque une étape décisive dans l’histoire du royaume, en préparant les grands changements à venir.

 

Votre conférencier :

Professeur d’histoire du Moyen Âge en Classes préparatoires à l’École nationale des Chartes, Loïc Cazaux est docteur en histoire médiévale de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et agrégé d’histoire. Il est spécialisé dans l’histoire de la guerre et du pouvoir royal à la fin du Moyen Âge. Il a publié différents ouvrages et articles sur les armées et les combattants, le droit de la guerre et la justice, les institutions monarchiques, les confrontations entre les pouvoirs au Moyen Âge. 


Les dates à retenir :

1407 : assassinat de Louis d’Orléans (frère du roi Charles VI) sur l’ordre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Début de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

1408-1410 : montée des tensions. Jean sans Peur justifie l’assassinat et rassemble des soutiens. Les partisans d’Orléans se regroupent autour de Bernard VII d’Armagnac, le beau-père de Charles d’Orléans, fils du duc Louis et neveu du roi Charles VI. Charles est devenu duc d’Orléans à cause de l’assassinat de son père.

1410 : constitution de la Ligue des Armagnacs. Les alliés d’Orléans s’organisent militairement contre les Bourguignons.

1411-1413 : révolte à Paris. Les Bourguignons prennent le contrôle de la capitale. Révolte des Cabochiens, partisans extrêmes des Bourguignons.

1413 : ordonnance cabochienne. Tentative de réforme de la monarchie sous la pression bourguignonne.

1414-1415 : retour en force des Armagnacs, qui reprennent Paris et chassent les Bourguignons.

1415 : défaite française à Azincourt face aux Anglais du roi Henri V, qui réussit à exploiter les divisions internes en France pour relancer la guerre.

1418 : prise de Paris par les Bourguignons. Massacre des Armagnacs. Le dauphin Charles (futur Charles VII), lié aux Armagnacs, s’enfuit à Bourges. Il y réunit sa cour pour lutter contre les Anglais et les Bourguignons, alors que son père Charles VI a sombré dans la folie et que sa mère, la reine Isabeau de Bavière, ne parvient pas à dominer la guerre civile.

1419 : assassinat de Jean sans Peur à Montereau-Fault-Yonne, lors d’une entrevue avec le dauphin Charles, aggravant la haine entre les camps. Les Bourguignons se rapprochent des Anglais.

1420 : traité de Troyes. Alliance anglo-bourguignonne. Charles VI désigne Henri V d’Angleterre comme héritier du trône de France, au détriment du dauphin Charles.

1422 : mort du roi d’Angleterre Henri V et du roi de France Charles VI. Poursuite de la guerre entre les Armagnacs (partisans du dauphin qui s’intitule désormais le roi Charles VII), et la coalition anglo-bourguignonne. Cette dernière est menée par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, successeur de son père Jean sans Peur, et le régent Bedford, oncle du très jeune roi d’Angleterre – et prétendument de France – Henri VI de Lancastre.

1429 : Jeanne d’Arc redonne espoir aux Armagnacs avec la levée du siège d’Orléans et le sacre de Charles VII à Reims.

1435 : traité d’Arras. Réconciliation officielle entre les Bourguignons et les Armagnacs. Fin des hostilités majeures entre les deux factions.

 

À lire pour aller plus loin :

Françoise Autrand, Charles VI. La folie du roi, Paris, Fayard, 1986.

Joël Blanchard, Armagnacs et Bourguignons. La fabrique de la guerre civile (1407-1435), Paris, Perrin, 2024.

Loïc Cazaux, Atlas des guerres au Moyen Âge. Occident, Byzance et Orient du Ve au XVsiècle, Paris, Autrement, 2024.

Loïc Cazaux, « Les fonctions politiques de la foule à Paris pendant la guerre civile (1407-1435) », Hypothèses. Travaux de l’École doctorale d’histoire, Paris, Publications de la Sorbonne, 2011 (14), p. 65-76.

Philippe Contamine, Charles VII. Une vie, une politique, Paris, Perrin, 2021.

Bernard Guenée, Un meurtre, une société : l’assassinat du duc d’Orléans, 23 novembre 1407, paris, Gallimard, 1992.

Bertrand Schnerb, Les Armagnacs et les Bourguignons : la maudite guerre, Paris, Perrin, 1988 (2009).

Bertrand Schnerb, Jean sans Peur. Le prince meurtrier, Paris, Payot, 2005.

Bertrand Schnerb, Philippe le Bon. Le duc de Bourgogne qui ne voulut pas être roi, Paris, Tallandier, 2024.