Tokyo, capitale interminable

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Pour tout nouvel arrivant, Tokyo apparaît d’abord comme une ville gigantesque, massive, échevelée, une ville-chaos dominée par l’hétéroclite, le béton armé et la high-tech. Et alors que Kyoto représente une certaine tradition japonaise, Tokyo, à l’opposé, expose la modernité tonitruante du Japon. Sacrée capitale politique et économique de l’archipel depuis 1868 - en place justement de Kyoto - Tokyo signifie autant le dynamisme créatif du Japon que ses excès. Du point de vue topographique Tokyo ressemble à un rectangle allongé posé sur la grande plaine du Japon, le Kânto, limité à l’est par un horizon montagneux et à l’ouest par une profonde baie ouvrant sur l’océan Pacifique. Sa position est plutôt avantageuse. Pourtant, la ville n’est pas très ancienne, elle remonte aux environs de 1475 quand un seigneur y édifia un premier château, elle est connue alors sous le nom d’Edo. C'est la décision du shogunat Tokugawa d’en faire sa capitale en 1603 qui va décider du destin de la cité. A l’ombre de ses palais seigneuriaux et de ses samouraïs, Edo va voir s’épanouir le commerce et l’artisanat : la ville va changer d’échelle. Au XVIIIe, on y compte près d’un million et demi d’habitants ! Mais le triomphe total d’Edo, sera lié à l’avènement de l’ère Meiji (1867) marquée par la restauration impériale et par l’entrée du Japon dans la modernité. C’est alors qu’Edo devint « Tokyo » c’est-à-dire la « capitale de l’est ». Toutes les faveurs lui furent accordées comme celle d’absorber la plus grande partie des investissements industriels du pays. En 1923, cet élan fut rompu suite à un tremblement de terre dévastateur (plus de 140 000 victimes) mais Tokyo, genoux à terre, se redressa rapidement avant de mordre à nouveau la poussière en 1945, rasée par les terribles bombardements américains (plus de 100 000 morts !). Après la guerre, Tokyo, ville-phénix, reconstruite une nouvelle fois, va devenir l’axe à partir duquel le Japon va retrouver sa place de grande puissance mondiale. Aujourd’hui, cette ville rayonne, forte de quatorze millions d’habitants pendant que le « grand Tokyo » en compte plus de quarante-deux millions ! Record mondial ! Ainsi, le petit port de pêche d’antan a donné naissance à une mégalopole sans limite. Ceci étant dit, on ne saurait considérer la capitale du Japon seulement comme une cité interminable, chaotique et sans âme. Car Tokyo tient finalement plus du patchwork urbain, agrégat de constructions ultra-modernes, de bâtiments plus traditionnels, de musées raffinés et de culture pop. Tokyo c’est encore un espace en mouvement permanent, nuit et jour, sillonné d’autoroutes suspendues ou souterraines, quadrillé de lignes de chemin de fer qui se croisent en tous sens dont on peut sortir brusquement pour rejoindre des parcs immenses ou des quartiers retirés aux rues étroites et irrégulières. Découvrir Tokyo, c’est donc faire l’expérience d’une urbanité hors norme associée à une vitalité étourdissante. Le résultat ? Une forte sensation de liberté.


Votre conférencier :

Diplômé de l’École du Louvre et de l’université Paris-IV-Sorbonne, Fabrice Delbarre est Guide conférencier-national.


Les dates à retenir :

IIIème avant J.-C. : première occupation connue sur le site Tokyo.

XIIème siècle : Edo est un petit village de pêcheur.

1475 : construction d’un château à Edo par le guerrier Ota Dokuan.

1603 : Edo devient la capitale du shogunat des Tokugawa.

1657 : Edo est détruite par un incendie.

1868 : l’empereur Mutsuhito choisit Edo comme lieu de résidence. Edo rebaptisée Tokyo , « capitale de l’est ».

1923 : la ville est en partie détruite par un puissant tremblement de terre.

1945 : Tokyo est en partie rasée par les bombardements américains.

1964 : organisation des Jeux Olympique de Tokyo.

2021 : organisation des Jeux Olympiques à Tokyo.


À lire pour aller plus loin :

Michaël Ferrier, le Goût de Tokyo, Mercure de France, 2008.

Gaspard Walter, Tokyo, éditions de la Marinière, 2017.

Yasujiro Ozu, Le voyage à Tokyo, 1953, DVD, Carlotta Film, 2013.


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Fabrice Delbarre
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