L’énigme du Douanier Rousseau, à l'occasion de l’exposition au musée de l’Orangerie

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A propos d’Henri Rousseau, Guillaume Apollinaire écrivait : Peu d’artistes ont été plus moqués durant leur vie que le Douanier et peu d’hommes opposèrent un front plus calme aux railleries […]. Cette sérénité n’était que de l’orgueil bien entendu. Le Douanier avait conscience de sa force.

Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, reste effectivement une énigme : à 49 ans, il décide de prendre sa retraite de l’octroi de Paris pour se consacrer pleinement à la peinture qu’il pratique en autodidacte depuis plus de 20 ans. Pour certains, il demeure un ‘peintre du dimanche’. Pourtant, il fut introduit dans le cercle restreint des artistes novateurs ; l’ami de Picasso, de Delaunay, du poète Apollinaire ; représenté par les marchands Ambroise Vollard et Paul Guillaume. Car paradoxe pour cet admirateur de l’art académique, ce sont les modernes qui trouveront des qualités indéniables à ses œuvres. Le peintre, considéré comme le premier des naïfs, nous apparait aujourd’hui l’un des plus complexes et ambitieux de son temps.

L’exposition que le musée de l’Orangerie lui consacre, en collaboration avec la Fondation Barnes de Philadelphie, nous permet de revenir sur la carrière singulière de l’artiste et de le situer dans le contexte très dynamique du marché de l’art de cette fin de XIXème et début XXème siècles. 


Votre conférencière :

Nathalie Douay est historienne de l'art et conférencière nationale.


Les dates à retenir :

21 mai 1844 : naissance à Laval d’Henri Rousseau.

1863. Il est commis d’avocat à Nantes mais il s’engage pour 7 ans dans l’armée après avoir été jugé pour vol.

1868 : libéré de son affectation militaire en raison du décès de son père, il s’installe à Paris. Après la guerre de 1870, il travaille à l’octroi de Paris comme commis de deuxième classe (et non comme douanier).

1872 : Henri Rousseau commence à peindre de manière autodidacte. Il obtient une carte de copiste au Louvre.

1886 : il expose pour la première fois au Salon des Indépendants, et continuera les années suivantes.

1889 : il est fortement impressionné par l’Exposition Universelle de Paris dont l’imagerie coloniale influencera ses représentations de jungles. Il écrit une pièce de théâtre, Une visite à l’Exposition de 1889, qu’il tente, sans succès, de faire jouer au théâtre du Châtelet.

1891 : il expose son premier tableau de jungle au Salon des Indépendants. Entre temps, sa notoriété grandit même s’il est souvent raillé et moqué par la critique.

1893 : à 49 ans, il prend sa retraite pour se consacrer pleinement à la peinture. L’année suivante, une lithographie de La Guerre est publiée dans la revue LYmagier que Remy de Gourmont et Alfred Jarry viennent de créer. Ce dernier l’avait surnommé Le Douanier Rousseau.

1901 : il devient professeur de dessin à l’Association philotechnique. Depuis 2 ans, il subsiste en donnant des cours de musique et de peinture aux habitants de son quartier.

1906 : il fait la connaissance de Guillaume Apollinaire puis, de Pablo Picasso et de Robert Delaunay. Il commence à vendre ses toiles à des collectionneurs.

1908 : Picasso donne une grande fête en son honneur au Bateau-Lavoir pour célébrer son acquisition d’un tableau peint par Rousseau. L’année suivante, ce dernier vend enfin des tableaux au marchand Ambroise Vollard ce qui lui permet d’acheter un atelier.

2 septembre 1910 : il meurt à Paris à 74 ans. Il est enterré au cimetière de Bagneux jusqu’au 12 octobre 1947 où, à l’initiative de l’Association des amis d’Henri Rousseau, son cercueil est transféré à Laval. Sa pierre tombale est ornée d’un poème de Guillaume Apollinaire et d’une sculpture de Constantin Brancusi.

1914 : Paul Guillaume ouvre sa galerie parisienne et s’intéresse au travail d’Henri Rousseau sur les conseils de Guillaume Apollinaire et Robert Delaunay. Il possèdera jusqu’à 50 œuvres de l’artiste et sera l’intermédiaire auprès d’Albert Barnes pour l’achat de 18 d’entre elles.