Quand l’humanisme prend racine en Alsace : l’école de Sélestat au XVème et XVIème siècles

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Cette conférence s’inscrit dans un cycle de séances organisé en partenariat avec le Master d'études médiévales de l’Université de Strasbourg et animé par des étudiants de première ou deuxième année. Elle durera 30 minutes et sera suivie d’un temps d’échange.

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Au cœur de l’Alsace, dans la ville libre impériale de Sélestat, naît au XVème siècle une école qui va marquer durablement l’histoire intellectuelle de la région : l’École latine. Bien que marquée par de grands bouleversements (peste noire, guerre et famine), l'Europe connaît déjà les premiers souffles de la Renaissance, qui commencent à circuler le long du Rhin.

Animé par Pétrarque, ce mouvement, né en Italie avant de se diffuser, repose sur une nouvelle conception de l’homme, désormais placé au centre de la réflexion. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’histoire de Sélestat, petite ville alsacienne d’environ 4000 habitants, ville prospère du Saint Empire, Sélestat bénéficie d’une tradition scolaire ancienne, entretenue conjointement par le clergé et le magistrat urbain, ainsi que d’une forte présence religieuse avec une école latine, héritière des écoles paroissiales médiévales.

L’humanisme qui s’y développe ne se réduit pas à une simple imitation du modèle italien.

Située à la croisée des grandes routes intellectuelles européennes, entre l’Italie et les Flandres, l’Alsace reçoit également l’influence de l’humanisme septentrional et de la devotio moderna. De cette rencontre naît un humanisme chrétien, où la culture antique est étroitement associée à la foi, à la formation littéraire et civique. Les humanistes rejettent les méthodes scolaires traditionnelles, jugées trop mécaniques et violentes, et défendent une pédagogie fondée sur les studia humanitatis destinées à former des hommes compétents dans tous les domaines.

Sélestat constitue ainsi un observatoire privilégié pour comprendre comment l’humanisme rhénan s’incarne. Son école devient un lieu d’innovation pédagogique et un foyer de diffusion des valeurs humanistes, contribuant à la formation de générations d’élèves appelés à servir l’Église, l’État et la société. Le XVIème siècle est aussi une période de tensions portée par la Réforme protestante. L’École latine, comme beaucoup d’établissements, doit s’adapter aux changements religieux et politiques. Peu à peu, son rayonnement international diminue. D’autres centres universitaires prennent le relais.

Image : Claude Truong-Ngoc 


Votre conférencière :

Sarah De Araujo est étudiante en première année de Master Mondes Médiévaux et études interdisciplinaires à la faculté des sciences historiques de Strasbourg. Elle a obtenu une licence d’Histoire à l’Université de Haute-Alsace (Mulhouse). Ses recherches s’inscrivent dans l’étude de l'Alsace médiévale et plus largement du bassin rhénan. Elle porte un intérêt particulier pour l’histoire locale, aux dynamiques économiques et culturelles des villes et villages. Elle réalise un mémoire consacré à l’économie de l’abbaye augustinienne de Marbach de sa fondation en 1096 jusqu’à l’heure de son déclin, en 1525, avec la guerre des paysans. Elle projette de poursuivre en doctorat afin de devenir enseignante-chercheuse, spécialiste de la période médiévale.


Les dates à retenir :

1304-1374 : Pétrarque, à l’origine du mouvement humaniste

1399 : première mention d’un recteur de l’école latine de Sélestat, Gotfridus, le rector scolarium.

XVème siècle : siècle de l’Humanisme

1441 : nomination de Louis Dringenberg (vers 1410-1477) en tant que recteur de l’école paroissiale.

1452 : fondation de l’école latine de Sélestat.

1498-1499 : rédaction du cahier de Beatus Rhenanus.

1510 : rectorat de Jean Sapidus (1490-1561) et apogée de l’école.

1517 : création de la fondation de Jean Westermann.

1525 : démission de Jean Sapidus et déclin progressif de l’école.

2011 : inscription au patrimoine mondial de l’Unesco de la bibliothèque de Beatus Rhenanus.


À lire pour aller plus loin :

Paul Adam, “Il y a cinq siècles, en 1477, mourut à Sélestat Louis Dringenberg, père de l’humanisme alsacien”, dans Annuaire des Amis de la Bibliothèque humaniste de Sélestat, 1977.

Paul Adam, L’humanisme à Sélestat. L’école, les humanistes, la bibliothèque, Sélestat, Imprimerie Stahl Sélestat, 1987.

Gabriel Braeuner, Au cœur de l’Europe humaniste, le génie fécond de Sélestat, Éditions du Tourneciel, 2018.

Francis Rapp, “Humanisme Renaissance et réforme” in Histoire de l’Alsace, Toulouse privat, 1970, p. 171-172.

Francis Rapp, “L’école humaniste de Sélestat”, Saisons d’Alsace, 1975, 21, n°57, p.66-76.

Hubert Meyer, “L’école latine de Sélestat à l’époque humaniste”, dans Almanach Sainte-Odile, 2004, p.228-229.

Isabel Suzeau, Enseignement et pédagogie à l’école latine de Sélestat sous Gato Hofmann : deux cahiers d’écoliers : 2 volumes, Mémoire de Maîtrise, Université de Strasbourg, 1989.

Isabel Suzeau, “L’école latine de Sélestat et les débuts de l’humanisme rhénan aux XVe et XVIe siècles. Synthèses et perspectives”, dans Annuaire / Amis de la Bibliothèque humaniste de Sélestat, 2018, n°68, p. 59.