Aux Barbaresques ! Corsaires et captifs en Méditerranée, XVIème-XVIIIème siècles

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La fulgurante expansion de l’Empire ottoman en Méditerranée aux XVème et XVIème siècles bouleverse durablement les équilibres politiques, militaires et religieux de la région. Cette dynamique impériale s’accompagne d’une intensification des affrontements navals opposant puissances chrétiennes et musulmanes, dans un contexte marqué par la rivalité stratégique pour le contrôle des routes maritimes et des ports clés. Si certains événements militaires majeurs, tels que la bataille de Lépante en 1571, ont profondément marqué les mémoires collectives et l’historiographie européenne, ils tendent toutefois à occulter d’autres réalités tout aussi essentielles de cette conflictualité méditerranéenne. Au-delà des batailles spectaculaires, la guerre en mer génère en effet un nombre considérable de captifs, issus aussi bien des équipages militaires que des navires marchands. Des milliers d’hommes sont ainsi faits prisonniers lors des combats ou à l’issue d’attaques corsaires, avant d’être conduits vers des lieux de détention particulièrement redoutés – les fameux bagnes. Du côté ottoman et barbaresque, Alger, Tunis, Salé ou encore Tripoli s’imposent comme des centres majeurs d’enfermement, où les captifs chrétiens sont soumis à des conditions de vie extrêmement dures, marquées par le travail forcé, la promiscuité et la violence. Inversement, les puissances chrétiennes ne sont pas exemptes de pratiques similaires. Les prisonniers musulmans capturés en mer sont fréquemment condamnés aux chiourmes des galères, qu’elles soient françaises, vénitiennes ou siciliennes, à bord desquelles ils servent comme rameurs dans des conditions éprouvantes. Ces systèmes de captivité réciproques révèlent une Méditerranée profondément marquée par la guerre, mais aussi par des échanges humains contraints, où la frontière religieuse structure les représentations sans empêcher une forme de symétrie dans les pratiques. L’étude du sort des captifs permet ainsi d’éclairer une dimension essentielle, longtemps marginalisée, de l’histoire méditerranéenne à l’époque moderne.


Votre conférencier :

Mathieu Grenet est maître de conférences en histoire moderne à l’Université Toulouse - Jean Jaurès, chercheur au sein de l’UMR 5136 Framespa et directeur de la rédaction de la revue Rives méditerranéennes. Il est l’auteur de La Fabrique communautaire : les Grecs à Venise, Livourne et Marseille, 1770-1840 (Rome et Athènes, 2016), et a publié plusieurs ouvrages et articles sur les mobilités internationales, les contacts interculturels et les constructions identitaires à l’époque moderne. Il anime depuis cinq ans le programme de recherche « Gouverner les îles : territoires, ressources et savoirs des sociétés insulaires en Méditerranée (XVIe-XXIe siècle) », et a co-écrit avec Guillaume Calafat l’ouvrage Méditerranées. Une histoire des mobilités humaines, 1492-1750 (Points, 2023).


Les dates à retenir :

1453 : conquête ottomane de Constantinople .

1519 : le corsaire Khayr ad-Din Barberousse, proclamé « sultan d’Alger » l’année précédente, obtient le rattachement de la régence d’Alger à l’Empire ottoman.

1530 : chassés de Rhodes, les Hospitaliers s’installent à Malte.

1537-1540 : les Ottomans conquièrent les Cyclades et l’ensemble du Péloponnèse.

1571 : la Sainte Ligue défait les Ottomans à Lépante ;

1604-1615 : parution des deux parties du Don Quichotte de Miguel de Cervantes.

1645-1669 : les Ottomans conquièrent la Crète au terme de la guerre de Candie.

1682-1683 : bombardement français sur Alger.

1690 : parution de L’Esclave religieux et ses avantures (sic) d’Antoine Quartier.

1830 : débuts de la conquête française de l’Algérie.


À lire pour aller plus loin :

Guillaume Calafat et Mathieu Grenet, Méditerranées. Une histoire des mobilités humaines (1492‑1750), Points, 2023.

Michel Fontenay, La Méditerranée entre la Croix et le Croissant : navigation, commerce, course et piraterie (XVIe‑XIXe siècle), Classiques Garnier, 2010.

Wolfgang Kaiser (dir.), Le commerce des captifs : les intermédiaires dans l’échange et le rachat des prisonniers en Méditerranée, XVe‑XVIIIe siècle, École française de Rome, 2008.

Mario Klarer (dir.), Piracy and Captivity in the Mediterranean, 1550‑1810, Routledge, 2019.

Gillian Weiss, Captifs et corsaires. L’identité française et l’esclavage en Méditerranée, Anacharsis, 2014.