L’urbanisation coloniale française : Hanoï et Saïgon, nouvelles identités urbaines

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L’urbanisation demeure encore aujourd’hui un aspect peu connu de la colonisation française. Elle constitue pourtant un enjeu essentiel puisque ce sont très majoritairement dans les villes existantes que s’installent les nouveaux colons. L’un des traits originaux de cette implantation réside dans le fait que dans un certain nombre de cas, la puissance coloniale a voulu faire de ces villes un véritable laboratoire urbanistique mêlant modernité, manifeste architectural mais aussi ségrégation sociale envers les populations autochtones. Les nombreuses traces y sont, de nos jours, encore très visibles.

Trois types de villes illustreront ce cycle de conférences historiques : Casablanca et Rabat ; Alger ; Hanoï. Il s’agit d’explorer l’immensité et la diversité de l’empire colonial français. Elles seront toutes articulées autour de trois axes : la colonisation du pays ; les projets urbains ; les réalisations architecturales manifestes encore visibles aujourd’hui. Une dernière conférence portera sur les expositions coloniales, en particulier celle de 1931 qui sera aussi la dernière pour la France.

La présence française en Indochine a profondément transformé les villes d’Hanoï et de Saïgon entre 1860 et 1954, en imposant des modèles architecturaux et urbanistiques conçus pour imposer une certaine idée de la modernité mais aussi affirmer la puissance coloniale française dans cette région éloignée de la métropole. 

Les programmes réalisés témoignent d’un fort contraste entre le Nord du pays (Hanoï) et le Sud (Saïgon - Hô Chi Minh-Ville). Si l’idée de mission civilisatrice est bien sûr présente, la puissance coloniale a aussi dû s’adapter aux réalités climatiques et politiques locales, donnant naissance à deux identités urbaines distinctes. Hanoï (capitale de l'Indochine française à partir de 1902), se distingue par le choix d’un modèle haussmannien revisité à l’image de son opéra achevé en 1911. Quant à Saïgon, elle se caractérise davantage par une approche architecturale plus exubérante et une vocation davantage orientée vers le commerce.

Dans les deux cas, l’empreinte coloniale reste encore extrêmement visible aujourd’hui.


Votre conférencier :

Thibault Tellier est professeur des universités à Sciences Po Rennes. Il a notamment publié Le temps des HLM. La saga urbaine des Trente glorieuses aux éditions Autrement, une Histoire de la banlieue chez Perrin ainsi que L’enfant de La Courneuve. Récit urbain d’une émotion nationale. 


À lire pour aller plus loin :

Caroline Herbelin, Architectures du Vietnam colonial. Repenser le métissage, Paris, INHA / CTHS, 2016. 

Arnauld Le Brusq, Léonard de Selva, Viêtnam. À travers l'architecture coloniale, Éditions de l'Amateur, 2011. 

Pierre Clément, Nathalie Lancret, Hanoï. Le cycle des métamorphoses. Formes architecturales et urbaines, Paris, Éditions Recherches et IPRAUS, « Les Cahiers de l’IPRAUS », 2001.