Du jardin à la table : Se nourrir au Cayla dans la première partie du XIXe siècle

Image représentant la conférence  Du jardin à la table : Se nourrir au Cayla dans la première partie du XIXe siècle

Le Département du Tarn organise chaque année des Rendez-vous culturels thématiques. En 2020-2021, les manifestions étaient consacrées à l’alimentation.

Le Château-musée du Cayla situé dans le Tarn, à Andillac y a participé en interrogeant les pratiques alimentaires d’une famille noble et paysanne au XIXe siècle. Il a également contribué à une exposition virtuelle de l’association Musée d’Occitanie : Tous en cuisine1. C’est dans ce cadre que s’inscrit cette conférence proposée par Storia Mundi.

Le domaine du Cayla devient musée en 1937, lorsque que Nérestan Mazuc de Guérin vend le château, ses dépendances et les terres agricoles au Département du Tarn. Il est la demeure de la famille de Guérin depuis le milieu du XVIe siècle. Issue de la noblesse rouergate, cette dernière développe une activité agricole et viticole autour d’un logis, qui compte au XVIIe siècle les terres autour du logis, une

métairie et trois moulins.

Au XIXe siècle, le château est marqué par la figure du poète Maurice de Guérin (1810-1839). Mort à 29 ans entouré des siens, dont sa sœur Eugénie, il sort de l’anonymat moins d’un an plus tard grâce à un article de George Sand dans la Revue des deux Mondes. L’écrit occupe une place prépondérante et remarquable pour cette famille rurale. Poèmes, chansons, correspondances, journaux et archives familiales nous sont parvenus et sont encore conservés au sein du musée.

Ces sources sont les témoins de la vie d’une famille noble pendant la première moitié du XIXe siècle, qui vit de ses rentes et des fruits de son domaine. Grâce à ces documents, cette conférence permet de traduire le point de vue des hôtes du château du Cayla. Les livres de raison et livres de compte tenus par les maîtres du domaine successifs, Antoine puis Joseph, livrent un témoignage précieux sur la variété des cultures, leur saisonnalité, le nombre et la diversité des cheptels achetés pour être élevés, vendus ou abattus et transformés

Les écrits (journaux, correspondances) d’Eugénie, donnent un regard sensible sur la manière de s’alimenter en XIXe siècle: que cultive-t-on ? Comment sont transformées les denrées et que représente le seul fait de se nourrir pour cette nombreuse population rurale ? Cet exposé dresse un panorama de l’alimentation paysanne en terre occitane à travers les archives de la famille et les objets du musée.

Le propos s’articule en 2 parties :

La première est dédiée à l’approvisionnement des denrées alimentaires. Le Cayla est un domaine qui s’étend sur plus de 40 hectares. Il permet une production diversifiée tournée essentiellement sur la subsistance familiale mais qui sert aussi de monnaie d’échange pour se procurer des aliments exogènes qui apparaissent à cette période, tels que le café ou le chocolat. Cette partie mettra en exergue le travail de la terre, la place des ouvriers agricoles et aussi l’importance des denrées alimentaires dans les relations humaines.

La seconde met en lumière la préparation des repas et leur temporalité. Rythmés par les travaux agricoles et la vie religieuse qualifiant les jours maigres ou gras, ils sont le miroir des occupations et des sociabilités. La cuisine, sera particulièrement présentée dans cette partie. Pièce à vivre, où

membres de la famille et domestiques se rencontrent, elle participe à la préparation des repas, au

dressage de la table en passant par une consommation maitrisée et une conservation naturelle des

aliments.

À travers l’exemple du Château-musée du Cayla, l’alimentation apparaît comme un élément central du quotidien, structuré par le travail, les saisons et les relations sociales.

Plus largement, elle constitue un révélateur des modes de vie des sociétés rurales du XIXe siècle, où se nourrir dépasse le simple besoin pour devenir un enjeu de société.

Image : Département du Tarn, Raynaud photo.


Vos conférencières :

Virginie Massol-Kremer, chargée des collections et conservatrice des antiquités et objets d'art du Tarn.

Carine Laborie attachée principale de conservation du patrimoine - chef de service de la conservation départementale du Tarn.


Les dates à retenir :

24 juin 1771 : Antoine de Guérin commence à écrire son livre de raison.

1800 : Joseph de Guérin prend la direction de l’exploitation du domaine du Cayla.

8 octobre 1831 : premier achat de chocolat.

1835 : mise en place d’un nouvel âtre dans la cuisine.

1845 : mise en place du pressoir.

1849 : mort de Joseph de Guérin.

1911-1918 : ventes des parcelles de terre du domaine.

1937 : vente du Château et27 ha de parcelles au Département du Tarn.


À lire pour aller plus loin :

Cuisine, alimentation, manières de table dans le Sud-Ouest (XIXe-XXe siècle). Toulouse Imp. Trèfle,1983.

Adeline Béa, Jérôme Bonhôte, Pierre Courjault-Radé, Alice de la Taille, Rémy Pech, Sonia Servant, Le Gaillac, vin de ville, vin des champs. Une histoire du patrimoine du vignoble (XVIe-XXe

siècles), Cahiers du patrimoine, n°108. Inventaire du patrimoine culturel, Région Midi-Pyrénées, 2015.

Eugénie de Guérin, Journal, texte complet par Mgr Émile Barthés, 61ème édition, Les Amis des Guérin, Presses de Paragraphic, L’Union, 1998.

Philippe Meyzie, La table du Sud-Ouest et l'émergence des cuisines régionales, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2007.

Sylvie Mouysset, Papiers de famille. Introduction à l’étude des livres de raison (France, XVe-XIXe siècles), Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2008.

Patrick Rambourg, Histoire de la cuisine et de la gastronomie françaises : du Moyen âge au XXe siècle, Paris Perrin 2011