Soliman le Magnifique, le plus flamboyant des sultans ottomans
Pourquoi Soliman, surnommé « le Magnifique » par les Occidentaux, et « le Législateur » par les Turcs, est-il considéré comme le plus grand sultan de l’Empire ottoman ? Pourquoi jouit-il d’une renommée comparable, voire supérieure, à celle de grands princes orientaux tels que Toutankhamon, Gengis Khan ou Tamerlan ? Et pourquoi est-il le seul à figurer communément parmi les grandes figures de l’histoire universelle ?
Plusieurs facteurs permettent de répondre à ces questions. Tout d’abord, un règne impressionnant par sa durée, : plus de quarante-cinq ans (1520-1566), une longévité exceptionnelle pour l’époque. Par ailleurs, Soliman est contemporain de deux grands monarques de la Renaissance : François Ier, né comme lui en 1494, et Charles Quint, né en 1500. Cette proximité d’âge nourrit une véritable compétition pour l’influence sur l’Europe au XVIᵉ siècle.
Soliman se distingue aussi par une personnalité hors du commun. Sage et moralement élevé, fidèle à ses engagements, vertueux dans sa vie privée, érudit et zélé en matière de religion, il incarne l’idéal du souverain parfait. Mais plus que tout, son règne correspond à l’apogée de l’expansion ottomane, tant en Europe balkanique et centrale qu’en Méditerranée et au Proche-Orient.
Il convient également de rappeler la métropole qu’il a façonnée : Constantinople, devenue Istanbul, qui au XVIᵉ siècle s’affirme comme la ville la plus peuplée du monde. Le règne de Soliman, souvent qualifié de « siècle d’or », représente incontestablement l’une des périodes les plus brillantes de la civilisation ottomane, dans des domaines aussi variés que la poésie, la cartographie, les textiles, les arts décoratifs, l’architecture. C’est aussi à cette époque que font leur apparition de nouveaux produits comme le café ou les fleurs à bulbes, notamment les tulipes, qui, à partir de l’Empire ottoman, vont progressivement conquérir l’Europe puis le monde.
Votre conférencier :
Docteur en histoire, Frédéric Hitzel est chargé de recherche au CNRS, chercheur au Centre d’Études Turques, Ottomanes, Balkaniques et Centrasiatiques (CETOBAC) à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).
À lire pour aller plus loin :
Frédéric Hitzel, L’Empire ottoman, XVe–XVIIIe siècles, Paris, Les Belles‑Lettres, 2002.
Robert Mantran (dir.), Histoire de l’Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989.
Jean‑François Solnon, L’Empire ottoman et l’Europe, Paris, Tempus Perrin, 2017.
Thérèse Bittar, Soliman le Magnifique, Paris, Gallimard, 1994.
André Clot, Soliman le Magnifique, Paris, Fayard, 1983.
John Freely & Augusto Romano Burelli, Sinan, architecte de Soliman le Magnifique, Paris, Arthaud, 1992.
Edith Garnier, L’alliance impie : François Ier et Soliman le Magnifique contre Charles‑Quint (1529‑1547), Paris, éd. du Félin, 2008.
Frédéric Hitzel, Soliman le Magnifique, sultan flamboyant, Paris, Calype, 2022.
Robert Mantran, La vie quotidienne à Istanbul au siècle de Soliman le Magnifique, Paris, Hachette, 1990.
Nicolas Nicolay, Dans l’Empire de Soliman le Magnifique, Marie‑Christine Gomez‑Géraud & Stéphane Yerasimos (éds.), Paris, CNRS éd., 1989.
Stéphane Yerasimos, Istanbul. La mosquée de Soliman, Paris, CNRS éd., 1997.
Marthe Bernus et al., Soliman le Magnifique, Galeries nationales du Grand Palais (15 février–14 mai 1990), Paris, RMN, 1990.
Christine Duvauchel, François Ier et Soliman le Magnifique : les voies de la diplomatie à la Renaissance, Musée de la Renaissance, château d’Écouen (18 novembre 2009–15 février 2010), Paris, RMN, 2009.
Mircea Burada & Vintila Corbul, Roxelane et Soliman, Paris, Olivier Orban, 1987.
Catherine Clément, La Senora, Paris, Calmann‑Lévy, 1994.
Alain Paris, Le dernier rêve de Soliman, Paris, L’Archipel, 1999.
Isaure de Saint‑Pierre, La Magnifique, Paris, Albin Michel, 2002.
Clotilde Bruneau & Esteban Mathieu, Soliman le Magnifique, Glénat BD, 2015.
Étienne Morin, Une capitale musulmane sous Soliman le Magnifique, Istanbul, Paris, Albin Michel jeunesse, 1987.