Spartacus, de l’arène à la légende : histoire d’une révolte servile dans la Rome républicaine

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Propulsé dès la fin du XVIIIe siècle comme un exemple pour les peuples et les classes opprimées en lutte pour leur émancipation, Spartacus résonne dans la mémoire collective comme un nom synonyme d’affranchissement et de liberté. Récupérée à l’époque contemporaine par des mouvements politiques et ouvriers, la figure de Spartacus illustre alors l’opposition frontale aux oligarchies oppressives et à l’injustice.

Les sources antiques ne nous ont cependant livré que peu d’éléments biographiques sur Spartacus, en-dehors du soulèvement servile qu’il conduisit à la fin des années 70 av. n. ère. Cette révolte de déclassés – esclaves, gladiateurs, petits paysans pauvres – contre le sort et la République romaine esclavagiste oblige cette dernière à regarder en face le danger qu’elle a elle-même fabriqué et qu’elle nourrit en son sein. La révolte de Spartacus n’est pas la première révolte servile que connaît Rome, mais la plus importante par son ampleur et, du fait de la terrible répression qu’elle subit, la dernière. Elle raconte tout un pan de l’histoire sociale romaine et illustre à la fois les conséquences sociales des conquêtes romaines croissantes, le manque d’adhésion de certaines régions d’Italie du Sud à la domination romaine et les réalités économiques sur lesquelles l’oligarchie ploutocratique romaine s’est construite.

Cette guerre des damnés a fait trembler Rome et l’a mise face à ses contradictions. La pop culture contemporaine, à travers de nombreuses fictions, rend aujourd’hui régulièrement hommage à celui qu’elle a érigé comme le paradigme du rebelle, le héros de tous les opprimés. 


Votre conférencière :

Docteure en Histoire romaine de l’Université de Lorraine, Alexandra PIERRÉ-CAPS a soutenu une thèse de doctorat consacrée aux cours impériales romaines d'Occident au siècle de Constantin. Elle est actuellement chargée d’enseignements en Histoire ancienne à l’Institut catholique de Paris. Elle partage ses activités entre l’enseignement et la recherche universitaires ainsi qu'une micro-entreprise créée en 2020, Le Grand Tour, avec laquelle elle réalise, entre autres, des missions d'expertises dans le domaine de la valorisation scientifique du patrimoine historique auprès de collectivités publiques et de sociétés privées.


Les dates à retenir :

IIᵉ – Iᵉʳ siècle avant J.-C. : accélération des conquêtes romaines en Méditerranée et afflux massif d’esclaves et de butin à Rome. Développement des latifundia (grands domaines agricoles) en Italie, notamment dans le Sud et en Sicile, reposant sur une main-d’œuvre servile.

140 – 132 avant J.-C. : première guerre servile en Sicile.

133 – 121 avant J.-C. : réformes des frères Gracques et crise institutionnelle à Rome. Période de violences politiques sans précédent.

104 – 100 avant J.-C. : deuxième guerre servile en Sicile.

80 – 72 avant J.-C. : guerre sertorienne.

Années 70 avant J.-C. : Rome règle ses comptes entre populares et optimates après la mort de Sylla, général et homme politique conservateur qui avait exercé la dictature à la fin des années 80 avant J.-C.

74 – 63 avant J.-C. : troisième guerre contre Mithridate VI du Pont.

73 avant J.-C. (été) : évasion des gladiateurs de l’école de Lentulus Batiatus à Capoue ; Spartacus émerge comme chef. Les révoltés s’installent sur le Vésuve et remportent plusieurs victoires sur les forces romaines locales.

73 avant J.-C. (hiver) : la révolte s’étend en Campanie ; de nouveaux groupes rejoignent les insurgés.

72 avant J.-C. : la guerre servile prend une ampleur considérable. Campagnes successives en Italie du Sud puis au centre. Les insurgés se séparent : Spartacus marche vers le nord de la péninsule, tandis qu’au sud, son compagnon Crixus est tué avec ses hommes. Spartacus remporte néanmoins une victoire sur les deux consuls de l’année.

72 avant J.-C. (fin de l’été) : Marcus Licinius Crassus reçoit du Sénat le commandement principal contre Spartacus.

Fin 72 – début 71 avant J.-C. : Spartacus tente de gagner la Sicile mais se retrouve piégé dans le Bruttium (actuelle Calabre).

71 avant J.-C. (printemps) : bataille finale en Lucanie ; mort de Spartacus.

71 avant J.-C. (après la défaite) : environ 6 000 prisonniers sont crucifiés le long de la via Appia. Les derniers insurgés sont éliminés par Pompée à son retour d’Espagne.

70 avant J.-C. : Pompée et Crassus sont élus consuls.

Iᵉʳ siècle avant J.-C. – IIᵉ siècle après J.-C. : fixation du récit antique sur Spartacus (Salluste, Plutarque, Appien…).

XVIIIᵉ siècle : redécouverte de Spartacus dans le contexte des débats sur la liberté et l’esclavage.

XIXᵉ siècle : appropriation de la figure par les mouvements socialistes et ouvriers européens.

1914 – 1919 : ligue spartakiste en Allemagne (Luxemburg, Liebknecht).

1960 : sortie du film Spartacus de Stanley Kubrick ; diffusion mondiale du mythe.

XXᵉ – XXIᵉ siècles : Spartacus devient une figure universelle de la révolte contre l’oppression, souvent détachée de son contexte historique.


À lire pour aller plus loin :

Appien, Histoire romaine, Tome VIII – Livre XIII, Guerres civiles : livre I, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 2008.

Plutarque, Vies - Tome VII : Cimon-Lucullus. Nicias-Crassus, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 1972.

Salluste, La conjuration de Catilina. La guerre de Jugurtha. Fragments des Histoires, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 1974.

François Hinard (éd.), Histoire romaine, t. 1 : Des Origines à Auguste, Paris, Fayard, 2000.

Yann Le bohec, Spartacus, chef de guerre, Tallandier, coll. « L'art de la guerre », 2016.

Éric Teyssier, Spartacus : Entre le mythe et l’histoire, Paris, Perrin, 2012.

Gérard Lucas, Spartacus et ses avatars. De la réalité au mythe, de Capoue à Hollywood, Éditions Chemins de traverse, 2014.

Aldo Schiavone, À la recherche de Spartacus [« Spartaco. Le armi e l’uomo »], Paris, Belin, coll. « L’Antiquité au présent », 2014.

Nicolas Tran, La plèbe. Une histoire populaire de Rome, Passés Composés, 2023.

Valeria Sampaolo (dir.), Gladiatori [exposition, Napoli, Museo Archeologico Nazionale, 8 marzo – 23 giugno 2021], Milan, Electa, 2020.


jeudi 26 février 2026 à 10:00

Alexandra Pierré - Caps

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