Cnossos et le Labyrinthe : le mythe de Thésée entre archéologie et légende

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01_Histoire

Le héros mythique Thésée, fils d’Égée roi d’Athènes, se rend à Cnossos pour délivrer les jeunes Athéniens qui doivent finir en pâture au Minotaure, le monstrueux fils de la reine Pasiphae et du magnifique taureau blanc que Poséidon a envoyé au roi Minos. La princesse Ariadne aide le héros à sortir du labyrinthe (la maison du minotaure) et à s’échapper de l’île pour rentrer à Athènes sain et sauf avec ses compagnons, après un passage par l’île de Délos et le sanctuaire d’Apollon.

Ce mythe, dont existent plusieurs variantes, met en relation directe les villes d’Athènes, en Attique, et de Cnossos, sur la côte septentrionale de la Crète. Il est difficile de dire à quelle phase historique ce récit pourrait faire référence ; les spécialistes ont rapproché essentiellement l’histoire de Thésée à la Crète neopalatiale, lorsque la civilisation minoenne s’épanouit ayant Cnossos comme centre palatial dominant. En effet au cœur de cette civilisation il y a le palais et celui de Cnossos, d’une surface d’environ 10000 m2, est le plus vaste. Il a été d’ailleurs rapproché du labyrinthe en raison du nombre important de pièces et de couloirs enchevêtrés donnant lieu à un plan architectural extrêmement complexe.

L’archéologie n’a fourni jusqu’à présent aucune preuve du fait que le palais de Cnossos, qui concentre en réalité de nombreuses fonctions politiques, sociales, économiques et religieuses, puisse correspondre au mythique labyrinthe. Cependant le rôle prépondérant joué par le taureau dans la Crète minoenne et en particulier à Cnossos n’est plus à démontrer au vu des nombreuses scènes de taurokatapsia représentées dans l’iconographie palatiale. D’ailleurs un sceau en pierre mycénien appartenant à la collection Mitsotakis porte l’image d’un homme à tête de taureau qui évoque clairement le personnage mythique en question.

Entre mythes et réalités archéologiques, nous tenterons de comprendre quelles ont été les sources d’inspiration de ce mythe qui souligne une emprise du roi de Cnossos sur Athènes faisant écho à une forte influence minoenne sur toute la mer Égéenne pendant la période néopalatiale, un phénomène désormais bien attesté par l’archéologie.


Votre conférencière :

Professeur d’archéologie grecque à l’Université de Strasbourg et membre de l’UMR 7044 Archimède depuis 2003, Daniela Lefevre-Novaro est ancien membre de la Scuola Archeologica Italiana di Atene et, après avoir fouillé les sites minoens de Phaistos et Haghia Triada, dirige actuellement la fouille de l’agora de Dréros (Crète). Ses spécialités sont l’archéologie du paysage, la protohistoire égéenne (civilisations minoenne et mycénienne), l’histoire et l’archéologie de la religion grecque, l’archéologie et l’histoire de la Grèce archaïque.


Les dates à retenir :

1900 - 1700 : période des premiers palais en Crète.

1700 – 1450 : période des seconds palais en Crète et expansion des Minoens vers les Cyclades.

1620 (chronologie haute)/ 1520 (chronologie basse) : éruption du volcan de l’île de Théra.

1450 (chronologie basse) – 1200 : développement de la Crète mycénienne .


À lire pour aller plus loin :

Maria Andreadaki-Vlasaki et alii (éd.), From the Land of the Labyrinth. Minoan Crete, 3000-1100 B.C., Alexander Onassis Public Benefit Foundation, Athènes, 2008.

Eric H. Cline (éd.), The Oxford Handbook of the Bronze Age Aegean (ca. 3000-1000 B.C.), Oxford University Press, Oxford, 2010.

Alexandre Farnoux, Cnossos, l'archéologie d'un rêve, Découvertes Gallimard, Paris, 1993.

Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Paris, 2004.

Jean-Claude Poursat, L'art égéen 1. Grèce, Cyclades, Crète jusqu'au milieu du IIe millénaire av. J.-C., Éditions Picard, Paris, 2008.


jeudi 12 novembre 2026 à 10:00

Daniela Lefèvre

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