« Less is more » : la Neue Nationalgalerie de Ludwig Mies van der Rohe à Berlin
Ludwig Mies van der Rohe (1886-1889) est l’une des figures les plus importantes de l’architecture moderne. Né à Aix-la-Chapelle en 1886, Mies suit une formation artisanale chez son père, maçon, puis dans une école professionnelle. En 1908, à Berlin, il intègre l’agence de Peter Behrens où il croise Le Corbusier et fait la connaissance de Walter Gropius. C’est là qu’il s’initie au techniques modernes de construction et en particulier aux techniques du métal. Quelques années plus tard, ambitieux, il fonde sa propre agence, se détache de l’influence de Behrens et rejoint l’avant-garde berlinoise au sein du groupe Novembergruppe dont il dirigera la section d'architecture. En 1929 Mies est nommé directeur de l’Ecole du Bauhaus et ce jusqu'à sa fermeture par le pouvoir nazi en 1933. Architecte peu désiré en Allemagne, il s’installe aux USA en 1938 où finalement se déroulera la plus grande partie de son activité. Comme Mies le confessera plus tard en évoquant modestement sa carrière « l'idée la plus importante en architecture est celle qui est née ici à Chicago, l'idée du squelette, de l'ossature ». Idée dont il fut l’artisan ! Idée qui allait lui permettre de transformer le concept de gratte-ciel et l’architecture tout court ! En 1962, Mies retourne à Berlin pour y réaliser un bâtiment à deux pas du Mur : la nouvelle Galerie d’art moderne de Berlin-Ouest. Construite entre 1965 et 1968, la Neue Nationalgalerie apparaît comme une synthèse audacieuse des différentes idées qu’il a développé tout au long de sa carrière. Plus précisément, ce bâtiment se présente comme un gigantesque pavillon cubique, en acier, entièrement vitré. Le toit est constitué d’une charpente métallique soutenue par huit piliers extérieurs et faisant saillie par rapport aux façades. A l’intérieur se trouve un immense espace libre destiné à tous les usages c’est-à-dire sans fonction spécifique si ce n’est celle peut-être de la contemplation ! Un bâtiment rationnel et abstrait, à la fois très simple et très étrange, un coup de maître certes mais le dernier car au terme de ce retour victorieux en Allemagne, la maladie emporte Mies van der Rohe le 17 août 1969. Restaurée minutieusement de 2012 à 2021, la Neue Nationalgalerie de Berlin apparaît comme l’illustration parfaite de ce qui caractérise l’architecture de Mies van der Rohe : précision, cohérence et simplicité et que l’on retrouve dans son fameux adage « less is more » (le moins est un plus) ! Mais allons y voir de plus près…
Votre conférencier :
Diplômé de l’École du Louvre et de l’université Paris-IV-Sorbonne, Fabrice Delbarre est Guide conférencier-national.
Les dates à retenir :
1886 :naissance de Ludwig Mies van der Rohe à Aix-la-Chapelle
1908 : recruté comme dessinateur dans l’atelier de l’architecte Peter Behrens à Berlin
1915-1918 : mobilisé durant la guerre à Berlin et en Roumanie
1921 : premier projet de gratte-ciel sur la Friedrichstraße. Se sépare de sa femme Ada et de ses trois filles
1929 : réalisation du Pavillon allemand pour l’Exposition internationale de Barcelone
1932-1933 : directeur du Bauhaus à Dessau puis à Berlin
1938 : installation à Chicago, directeur de l’école d’architecture de l’Armour Institute à Chicago
1954-1958 : réalisation avec Philip Johnson de son premier gratte-ciel, le Seagram Building à New-York
1965-1968 :réalisation de la Neue Nationalgalerie à Berlin
1969 : Ludwig van der Rohe meurt le 17 août à Chicago. Son bureau continuera à fonctionner jusqu’en 1975.
À lire pour aller plus loin :
Jean-Louis Cohen, Mies van der Rohe, Hazan, 1994.
Augustin Ferrer Casas, Mies. Mies van der Rohe : construire à tout prix ?, Editions nouveau monde graphic, 2022 (bande-dessinée).
Joachim Jäger (direction), Neue Nationalgalerie, Mies van der Rohe’s museum, Nationalgalerie, Staatliche Museen, 1911.
Claire Zimmermann, Mies van der Rohe, Taschen, 2009.